02 juin 2008
Attention à votre langage !
Par Diane Wiessinger, MS, IBCLC Traduction par Fiona M. Dionne.
Édition juillet-août du CCL
- Fondations familiales 1996
Une consultante en lactation dit "Vous avez la meilleure
chance de fournir à votre bébé le meilleur départ possible dans la vie,
à travers le lien unique de l´allaitement. Les avantages pour vous et
pour votre bébé dureront toute la vie". Et puis la mère donne des
biberons. Pourquoi ?
En partie, parce que ce baratin aurait pu tout aussi bien venir
d´une publicité pour lait industriel pour bébé. Quand nos tournures et
celles de l´industrie du lait infantile sont échangeables, l´un de nous
s´y prend de la mauvaise manière... et ce n´est probablement pas les
grandes industries. Voilà des tournures de langage qui à mon avis
desservent nos bonnes intentions chaque fois que nous les utilisons.
1/ Meilleur possible, idéal, optimum, parfait
Etes-vous le meilleur parent possible ? Est-ce que votre mode de
vie à la maison est idéal ? Donnez-vous des repas optimaux ? Bien sûr
que non. Ce sont des objectifs qu'on peut admirer, pas des standards
minimums.
Reformulons les phrases différemment. Est-ce que votre
façon de materner est inadéquate ? Est-ce que votre style de vie à la
maison est médiocre ? Donnez-vous des repas déficients ? Maintenant, ça
blesse. Vous ne pensez pas être beaucoup au-dessus de la moyenne, mais
vous ne voulez certainement pas être au-dessous de la norme non plus !
Quand nous (et les fabricants de lait artificiel) disons que
l´allaitement est le meilleur moyen de nourrir les bébés car c´est une
nourriture idéale, parfaitement équilibrée, pour une nutrition
optimale, la réponse logique est « et puis ??? ». Notre propre
expérience nous dit que ce qui est « optimum » n´est pas nécessaire :
ce qui est normal est très bien. Mais ce que sous-entend ce langage
c´est que la nourriture artificielle est absolument normale-et donc
saine et adaptée. La vérité est que l´allaitement n´est rien de plus
que normal. La nourriture artificielle, qui n´est ni la même, ni
supérieure, est de surcroît déficiente, incomplète, et inférieure. Ce
sont des mots durs, mais ils ont une place appropriée dans notre
vocabulaire.
2/ Avantages.
Quand nous parlons des avantages de l´allaitement-des "taux plus
bas" de cancer, des "risques moins élevés" d´allergies, du "lien plus
profond", du système immunitaire "plus fort"-nous renforçons encore le
biberon comme étant une norme acceptable et acceptée.
Les comparaisons du niveau de santé utilisent une norme biologique
et non pas culturelle, que les critères soient dommageables ou que
bénéfiques : les fumeurs ont des taux plus élevés de maladie ; la
supplémentation en acide folique durant la grossesse pourrait réduire
les malformations fœtales.
Parce que l´allaitement est la norme
biologique, les bébés allaités ne sont pas "en meilleure santé", ce
sont les bébés nourris artificiellement qui sont malades plus souvent
et plus gravement. Les bébés allaités ne "sentent pas meilleur",
c´est la nourriture artificielle qui entraîne une odeur anormale et
déplaisante qui reflète les problèmes dans le système digestif du bébé.
Nous ne pouvons pas envisager de créer une culture de
l´allaitement si nous n´insistons pas dans notre langage, et dans notre
littérature sur un modèle de santé ayant pour référence l´allaitement.
Nous ne devons pas laisser passer les phrases détournées des
médias et de nos amis. Quand nous ne réussissons pas à décrire les
dangers de la nourriture artificielle, nous privons des mères d´une
information décisive. Une mère qui a des difficultés avec son
allaitement ne va pas chercher de l´aide juste pour recevoir une
"médaille d'honneur", par contre elle va peut-être appeler à l´aide si
elle sait combien elle et son bébé ont à y perdre à arrêtant
l´allaitement. Elle va être moins portée à utiliser un biberon de lait
artificiel juste pour "habituer le bébé au biberon" si elle sait que le
contenu de ce biberon peut être nocif.
L'illusion de la norme du biberon n'est nulle part ailleurs
plus préservée que dans les réunions où l´on discute de développement
cognitif. Quand je demande à des groupes de professionnels de la santé
s´ils connaissent les études concernant le tabagisme parental et les QI
des enfants, il y a toujours quelqu'un pour me dire que les enfants des
mères fumeuses ont "des QI moins élevés ". Quand j´évoque l´étude sur
les enfants prématurés nourris soit au lait humain soit au lait
artificiel, il y a toujours quelqu'un qui sait que les enfants nourris
au lait maternel sont "plus dégourdis". Je n'ai jamais vu les deux
études présentées d'une autre façon que celle-ci par les médias, ni même
par l´auteur lui-même. Même les professionnels de la santé sont
offusqués quand je reprends les résultats en utilisant l´allaitement
comme référence : les enfants nourris artificiellement, comme les
enfants des fumeurs, avaient des QI moins élevés.
Inverser la réalité devient encore plus trompeur quand on
utilise les pourcentages, car les chiffres changent selon ce qu'on
utilise comme référence. Si B représente les 3/4 de A, alors A
correspond à 4/3 de B. Choisissez A comme référence, alors B est de 25
% inférieur à A. Choisissez B comme référence, alors A est de 33,33 %
supérieur à B. Donc, si un objet coûte 100 unités et que cet objet est
mis en vente "à moins 25%" du prix d´origine, son prix devient 75
unités. Donc pour retrouver le prix initial il faut faire une
augmentation de 33,33 %...
Les mêmes chiffres apparaissent dans
une étude récente qui a montré une "diminution de 25%" des taux de
cancer du sein parmi les femmes qui avaient été allaités quand elles
étaient bébés. Réécris en prenant l´allaitement comme la norme, on
observe une augmentation de 33,33 % des taux de cancer du sein chez les
femmes qui ont été nourries artificiellement. Imaginez la différence
d´impact que ces deux phrases pourraient avoir sur le public.
3/ Spécial.
"L´allaitement crée une
relation spéciale". "Aménagez un coin spécial pour l´allaitement". Dans
notre famille, préparer des repas spéciaux prend beaucoup de temps. Les
occasions spéciales signifient une surcharge de travail. "Spécial"
c´est bien, mais c´est aussi plus compliqué, ça ne fait pas partie de
la vie quotidienne et ce n´est pas quelque chose qu'on a envie de faire
très souvent. Pour la plupart des femmes l'allaitement doit rentrer
facilement dans un quotidien chargée-et bien sûr c´est le cas. "Spécial" est un mot de sevrage, pas d´allaitement.
4/ Le lait maternel est le meilleur; le lait artificiel vient en 2ème.
Pas si on se fie à l´Organisation Mondiale de la Santé. Selon l'OMS, la hiérarchie est la suivante :
1/ l´allaitement ;
2/ le lait de la mère exprimé et donné à l´enfant autrement qu'au sein ;
3/ le lait d´une autre maman ; et
4/ la nourriture artificielle
Nous
devons garder clairement ceci à l´esprit, et le dire clairement aux
autres. "La deuxième meilleure chose après le lait de la mère
elle-même c´est le lait d´une autre mère, pas une bouteille de lait
artificiel". L´échantillon qui est si bien placé sur l'étagère chez le
médecin n´est que la 4ième solution face à un problème d'allaitement.
Il y a un vrai besoin de lait artificiel dans certaines
situations. C'est seulement parce que nous n'avons pas de banques de
lait humain. La personne qui a besoin de sang humain ne se contente pas
d'un substitut en 4ième position ; il existe des banques de sang qui
fournissent du sang humain pour les êtres humains. Il n´y a pas besoin
d'avoir une maladie spéciale pour être admissible, tout ce qu'il faut
c´est être en manque de sang. Par contre seuls les enfants qui ne
peuvent pas tolérer la nourriture de 4ième catégorie sont assez
privilégiés pour recevoir le troisième choix. Je me demande ce qui
arriverait si un substitut du sang humain relativement peu onéreux mais
plus risqué pour la santé que le sang de donneurs humains était mis sur
le marché. Qui serait considéré comme assez peu important pour le
recevoir ? Quand on est amené à fournir du lait artificiel à une
patiente, rappelons-lui ainsi qu'aux professionnels de la santé qui la
soignent qu'il devrait exister du lait humain en banque. Les banques de
lait seront davantage susceptibles de faire partie de notre paysage si
elles font d'abord partie de notre langage.
5/ Nous ne voulons pas culpabiliser les mères qui donnent des biberons.
La culpabilité est une notion que bien des femmes adoptent
systématiquement, même si elles savent que les choses sont vraiment
hors de leur contrôle (ma mère s´est déjà excusé pour le temps qu'il
fait!).
La croyance quasi-systématique en leur culpabilité est évidente
dans les réponses que les femmes offrent au scénario suivant : "supposons que vous ayez pris une leçon d´aérodynamique. Vous avez aussi
vu des pilotes piloter des avions. Maintenant, imaginons que vous soyez
le passager d´un avion à 2 places. Le pilote a une crise cardiaque, et
c´est à vous de piloter l´avion, et vous écrasez l´avion à terre. Vous
sentez-vous coupable ?"
Les hommes à qui j´ai posé la question ont répondu "Non, parce que
j'aurai fait de mon mieux". "Non, je me sentirais peut-être très
triste pour le pilote et pour l´avion, mais je ne me sentirais pas
coupable." "Non, les avions sont compliqués à piloter, même si vous
avez déjà vu quelqu'un le faire."
Qu´est-ce que les femmes répondent ? "Je ne me sentirais pas
coupable par rapport à l´avion, mais peut-être pour le pilote, car il y
avait quand même une petite chance pour que je fasse atterrir l´avion." "Oui, car je suis très dure avec moi-même et mes erreurs. Se sentir
mal et se sentir coupable sont deux sentiments mêlés pour moi". "Oui,
je veux dire bien sûr je sais que je ne devrais pas, mais probablement
que oui, je me sentirais coupable." "Est-ce que j'ai tué quelqu'un
d'autre ? Si je n'ai pas tué quelqu'un d'autre, alors je ne me
sentirais pas coupable." Prenez note des phrases "mes erreurs", "je
sais que je ne devrais pas" et "est-ce que j´ai tué quelqu'un ?" pour
un évènement sur lequel les femmes n´avaient aucun contrôle.
La mère qui prend la décision de ne pas allaiter, ou qui n´allaite
pas aussi longtemps qu'elle l´avait prévu, fait du mieux qu'elle peut
avec les moyens qu'elle a. Elle a peut-être reçu le "topo" habituel de
"l'allaitement c'est meilleur" (le cours d´aérodynamique) et elle a
peut-être vu quelques mères allaiter au centre commercial (comme
regarder le pilote dans un film au cinéma). Ce n´est évidement pas
assez d'information ou d'entraînement. Mais elle se sentira quand même
coupable, parce qu'elle est une femme.
La plupart d´entre nous avons vu des mères bien renseignées
se battre sans succès pour établir leur lactation, et opter pour le
biberon sans regrets parce qu´elles ont fait de leur mieux. Mais nous
avons aussi vu des mères moins bien informées enrager contre un système
quand elles découvrent trop tard qu´il ne leur a pas fournis les
informations dont elles avaient besoin. Aidez une mère qui vous dit se
sentir coupable à analyser ses sentiments, et vous allez peut-être
faire émerger une émotion bien différente. Quelqu´un a proposé il y a
bien longtemps le mot "culpabilité" à ces mères. Ce n´est pas le bon
mot.
Imaginez ceci : vous êtes resté handicapé après un accident
sérieux. Vos médecins et kinésithérapeutes vous expliquent que
réapprendre à marcher vous prendra des mois d´un labeur ardu et
douloureux, sans garantie de réussite. Ils vous aident à vous
accommoder à la vie en fauteuil roulant, et vous supportent à travers
les difficultés qui en résultent. Vingt ans plus tard, quand vos jambes
sont trop atrophiées pour revenir en arrière, vous rencontrez une
personne qui a vécu un accident identique au vôtre. "Ça a été
difficile" vous dit-t-elle. "J´ai vécu 3 mois d´enfer. Mais depuis, je
marche.". Vous sentiriez-vous toujours coupable ?
Les femmes à qui j´ai soumis ce scénario m´ont dit qu´elles
auraient ressentis de la colère, un sentiment de trahison, et de
tromperie.. Elles auraient voulu pouvoir tout recommencer avec les
bonnes informations. Elles éprouveraient du regret pour toutes les
opportunités perdues. Certaines d´entre elles disent qu´elles se
seraient senti coupables de ne pas avoir recherché d´autres opinions,
pour n´avoir pas persévéré même en l´absence d´information et de
soutien.
Mais mis à part la culpabilité propre aux femmes en
général, on ne se sent pas coupable d´avoir été privé d´un plaisir. La
mère qui n´allaite pas nuit à sa propre santé, élève ses enfants avec
plus de difficulté et de dépenses et quelque chose de très élémentaire
manquera à son bien-être. Alors quelle image des satisfactions de
l´allaitement transmettons-nous au grand public en utilisant le terme "culpabilité" ?
Réécrivons la phrase, en utilisant les mots que les femmes
elles-mêmes utilisent : "Nous ne voulons pas mettre en colère les mères
qui utilisent des biberons. Nous ne voulons pas qu´elles se sentent
trahies. Nous ne voulons pas qu´elles se sentent trompées." Décortiquez
les implications de "nous ne voulons pas qu´elles se sentent coupables
", et vous trouvez un système qui cherche à couvrir ses propres
défaillances. Pas pour protéger les mères, pour se protéger lui-même.
Soyons honnêtes avec les mères, encourageons-les quand leur allaitement
ne marche pas, et aidons-les à dépasser ce mot inapproprié et inexact.
6/Pour et contre, avantages et désavantages.
L´allaitement est un problème très immédiat de santé-et non pas une
possibilité parmi deux choix équivalents. « L´un des désavantages du
non-tabagisme est qu´on est peut-être davantage gêné par la fumée des
autres. L´un des avantages du tabagisme est qu´il peut contribuer à une
perte de poids. » Alors que le vrai problème dans ce cas est un taux de
morbidité et de mortalité plus élevé. Le reste-que l´on parle du tabac
ou des laits industriels pour bébé-n´est...que la fumée.
Une grande maternité utilise une approche « comparative » à l´aide
d´une "liste de préférences concernant la nourriture du nourrisson".
Celle-ci inclue les selles inodores et le retour de l´utérus à son
volume normal parmi les cinq avantages de l´allaitement. (Cela
signifie-t-il que l´utérus des mères qui donnent le biberon ne revient
jamais à la normale ?) Les seins qui coulent et l´incapacité de savoir
combien le bébé prend sont inclus dans une liste de quatre lignes sur
les désavantages de l´allaitement. L´un des avantages de l´allaitement
artificiel est que certaines mères trouvent ça "moins inhibant et moins
gênant". La maternité note une bonne acceptation du personnel médical
de la pédiatrie et pas de changement notable dans les taux
d´allaitement ou de non-allaitement. Ce n´est pas surprenant, les
informations fournies ne sont pas tellement différentes des listes «
comparatives » que les vendeurs de lait artificiel colportent depuis
des années.
Le baratin est peut être même plus efficace maintenant
parce qu´il porte clairement le soutien de l´hôpital. La mère, «
parfaitement informée », se sent maintenant rassurée pour prendre une
décision de santé qui concerne la vie entière (la sienne et celle de
son enfant) basée sur les odeurs des couches et la quantité de peau à
montrer durant la tétée.
Pourquoi est-ce que les industriels offrent des listes de «
pour et contre » qui reconnaissent quelques uns des défauts de leur
produit ? Parce que de toutes les façons n´importe quel approche «
comparative » qui s´exprime dans une culture fortement imprégnée de
préjugés favorise automatiquement le préjugé. Si A et B sont presque
équivalents, mais que plus que 90% des mères choisissent finalement la
solution B, comme c´est le cas aux États-Unis (selon une étude inédite
portant sur 1002 mères, financée par les Laboratoires Ross, moins que
10% des mères nord-américaines allaitent pendant un an), il devient
raisonnable de suivre la majorité. S´il y avait une différence
importante entre les deux solutions, bien sur que les professionnels de
la santé le diraient, plutôt que de mettre un point d´honneur à ne pas
se mêler du processus décisionnel.
Il s´agit d´un choix parental, c´est vrai. Mais ne pas s´impliquer
dans la prise de décision implique que la liste « comparative » soit au
moins exacte.
Dans un numéro récent de la revue « Parenting », un
pédiatre commente « Quand je visite pour la première fois une nouvelle
mère à l´hôpital, je lui demande `allez-vous allaiter ou donner des
biberons ?´. Si elle me dit qu´elle va utiliser des biberons, je hoche
la tête et je dis `Ok´ et je passe à la question suivante. Épauler les
nouveaux parents veut dire les soutenir quels que soient les choix
qu´ils font ; on ne rentre pas dans la chambre d´une nouvelle accouchée
pour lui dire qu´elle fait une terrible erreur, et qu´elle se prive
elle et son enfant de quelque chose d´important. »
Mais si une femme annonçait à son médecin au cours d´une
consultation de routine qu´elle vient juste de commencer à fumer, le
médecin voudrait être bien sûr qu´elle comprend les dangers du
tabagisme, en argumentant du fait que que le plus tôt est le mieux pour
changer d´avis. C´est hypocrite et irresponsable d´avoir une position
claire sur le tabagisme et "laisser les parents décider" à propos de
l´allaitement sans s´être assuré avant qu´ils possèdent toutes les
informations pour le faire. C´est toujours à l´individu de faire ses
propres choix dans la vie, mais cela ne signifie pas pour autant que
ses sources d´information devraient rester muettes ni que les parents
qui choisissent de donner des biberons devraient être privés d´une
information qui pourrait les inciter à un faire un autre choix pour
l´enfant suivant.
7/ L´allaitement.
La plupart des autres mammifères ne voient jamais leur propre lait,
et je doute fort qu´aucune mère mammifère n´impose à son rejeton un
intervalle entre deux tétées basé sur ce qu´elle pense que devrait être
l´appétit de son petit. L´allaitement calme ses petits, et sûrement
c´est bon pour eux. Nous sommes les seuls mammifères qui utilisons
l´allaitement de façon consciente pour transférer des calories...et
nous sommes les seuls mammifères qui présentons des problèmes
chroniques pour réaliser ce transfert.
Les femmes disent parfois qu´elles ont « donné le sein » pendant
trois mois, mais elles disent le plus souvent qu´elles ont « nourri »
leur enfant durant trois ans. Un allaitement facile, de longue durée
implique l´oubli du « sein » et de la « nourriture » (et de la durée,
de l´intervalle entre deux tétées, de la transmission des nutriments
dans les bonnes proportions, et la différence entre les tétées
nutritives et non-nutritives, tout ce sur quoi se concentrent les
baratins des industriels du lait artificiel...) et implique plutôt de
se concentrer sur l´aspect relationnel. Disons aux mères qu´on espère
qu´elles ne vont pas « donner le sein »-que les vraies joies et les
vraies satisfactions de ce vécu commencent quand elles arrêtent de «
donner le sein » et qu´elles commencent à « materner au sein », voire «
nourrir les esprits de leurs petits ».
Nous tous, dans la profession, voulons que l´allaitement soit
notre point de référence biologique. Nous voulons que ça soit la norme
culturelle ; nous voulons que le lait humain soit disponible pour tous
les bébés humains, quelles que soient les circonstances. Un premier pas
vital qui nous mènera à atteindre ces buts est à la portée de nous
tous. Tout ce qu´il faut faire c´est... attention à notre langage.
Je sais que ça dérange bien des gens, surtout les mères (et
les pères et ceux qui prennent soin du santé des gens), et que ça fait
fermer les esprits de certains gens, le fait d´être militante sur la
promotion de l´allaitement, mais je le redis : « tous les
professionnels de la santé devraient se considérer obligés et
moralement, et éthiquement, à être honnêtes à 100% sur les risques du
non-allaitement/de donner du lait artificiel.
Mettre un enfant dans un siège d´auto ne fait qu´une partie
de l´élever-et ce n´est pas une chose qui se passe très souvent du tout
(en moyenne, 1-2 fois par jour)-mais nous avons des LOIS dans chaque
province, et dans chaque pays qui nous dictent ce qu´il faut faire pour
garder les enfants en sécurité dans les autos (y inclus, les sièges
d´auto et leur position/installation). L´usage de la drogue illicite,
la cocaïne, durant la grossesse baisse le QI d´un enfant de 3 points en
moyenne, tandis que le fait de donner du lait artificiel le baisse de
5-8 points. Nous avons également des LOIS contre l´usage de la cocaïne
pour tout le monde, tout le temps (pas juste les femmes enceintes),
mais du lait artificiel est encore considéré « aussi bon » ou « presque
aussi bon » ou « assez bon ». Le moment est venu : le fait d´utiliser
du lait artificiel quand ce n´est pas nécessaire (ce qui égale le
plupart du temps, de nos jours) soit reconnu comme mettant en danger la
vie d´un enfant, avec des pénalités appropriés.
Si vous vouliez allaiter, ou si vous étiez ouvert à ça, et qu´on a
saboté votre allaitement...ne vous sentez pas du tout mauvais ou
coupable...mais si vous ne vouliez même pas vous renseigner du tout sur
les dangers du lait artificiel « pour ne pas vous sentir coupable »,
bien c´est vous qui devriez vous sentir alors les plus coupables, car
vous voulez avoir une excuse pour pouvoir faire ce qui est moins bon
pour votre bébé. Ou bien, si vous connaissiez pleinement tous les
risques et que vous ne vouliez pas allaiter quand-même...c´est que vous
n´êtes pas prêtes non plus pour avoir des enfants.
________________________________________________________________
La fin de ce texte peut paraître très dure et comme dit plus haut, je suppose que beaucoup de mamans le prendront pour elle... Mais la vérité, c'est qu'elles ne sont pour la majorité, pas concernés. Pourquoi ? Parce que quasiment personne ne détient une information claire et réaliste sur les dangers du non-allaitement (si elle ne prend pas l'initiative, par elle-même, de rechercher une vraie information, de lire des dizaines et dizaines d'études, mais aussi les livres écrit par des profesionnels, les conclusions de l'OMS, etc.). Qui, sous couvert de cette sacro-sainte culpabilisation, c'est vu entendre dire LA VERITE sur le lait artificiel quand elle ne voulait pas allaiter ?
Qui sait, qu'un seul biberon de lait artificiel pendant l'allaitement détruit l'équilibre du système digestif qui mettra une semaine à s'en remettre ?
Qui sait que donner du lait artificiel est la plus grande expérience biologique jamais faites (aucun test, aucun groupe témoin, aucune étude ayant du recul) à grande échelle, et qu'on a aucune idée des "dégats" que cela peut causer sur le long terme ?
Qui sait que dans le monde, plus d'1 millions d'enfants meurent de ne pas avoir été allaité, simplement parce qu'eux n'ont pas les conditions "autour" pour survivre aux défauts de l'alimentation artificielle ?
Qui sait que le non-allaitement cause, EN FRANCE, la mort de 70 bébés par an ?
Il y a un vrai travail à faire de la part des professionnels de santé, toute cette désinformation a entraîné un vrai problème de santé public.
27 février 2008
Dictionnaire de l'allaitement

© Getty Images
Je viens de trouver ce texte, j'ai bien ri !
Dictionnaire de l'allaitement
Le "lève-téton"--le fait de soulever inconsciemment ses seins pour vérifier lequel est le plus plein. Peut être fait n'importe quand, peu importe l'activité et peu importe avec qui on parle (des prêtres, des emballeurs à épicerie...etc.).
La "nourri-préparation"--l'acte de s'ajuster, soi-même et son bébé, pour l'allaiter. Ceci veut dire se lever discrètement pour monter son t-shirt à hauteur de la taille si on était assis dessus, faire le "lève-téton", mettre le bébé dans le creux de son bras, défaire l'attache sur sa brassière, le tout en environ 15 secondes, sans divertir son attention de la tâche précédente.
Le "syndrôme de la nourrice"--le besoin inconsient ou conscient d'allaiter n'importe quel bébé que vous tenez, qui pleurniche. Vous pouvez être en train de jaser avec votre voisine, en tenant son bébé, elle fouine et fait des "couinnn", puis vous faites le "nourri-préparation", votre voisine vous regarde, dégoûtée, vous marmonnez "Hé, elle doit avoir faim" et vous redonnez le bébé à votre voisine.
Un effet secondaire de ceci est la philosophie "le lait humain répare tout". Vous tirez votre lait pour le pauvre petit chaton perdu que vous avez trouvé en pensant que bien sur le lait humain est bien meilleur pour des chats que du lait de vache! Vous allez peut-être aussi commencer à utiliser du lait maternel pour des petites malaises de votre famille...vous avez un bobo, une otite, ou de l'acné? Mettez-y du lait maternel, ça va le réparer! (du moins, c'est ça qu'ils disent...ça peut pas faire du mal, hien?!)
Le "twist-téton"--les acrobatiques que votre bambin fait en tétant, incluant (mais pas limité à:): des sauts, des flips, se tenir sur la tête, et des "tire le téton voir combien il est élastique, puis voir s'il reprend sa position très vite, sprooooong!" Letout, en étant entouré par de la parenté et la famille qui croient (à tort ou non) que le *bébé* aurait dû être sevré il y a des mois de ça! Le bienfait de cet exercice est que vous pouvez maintenant allaiter votre bambin couchés sur le dos, tous les deux, l'un à côté de l'autre!
Le "roule-mamelon"--Ce qui arrive si tout le monde ne vous rappelle pas que le fait que votre bébé carresse votre autre sein en tétant n'est *pas* très "mignon". Ne jamais, mais JAMAIS laisser savoir à votre bébé qu'il peut avoir 2 seins en même temps. Toujours garder le sein non-utilisé bien à couvert, à moins que vous voulez que votre bambin l'utilise comme jouet préféré plus tard. Ceci devient très vite une "mauvaise habitude", faites attention! ;-)
L'"envol"--L'acte d'enlever votre mamelon de la bouche de votre bébé somnolant pour que vous puissiez sortir du lit pour embarquer sur l'internet encore une fois avant de vous coucher. D'habitude ça prend 2 à 3 coups avant de réussir.
Le "tétée-pause-goûter-juste-une-gorgée!"--Votre bambin qui marche maintenant, vient vous voir, lève votre t-shirt, et prend 2-3 gorgées pour "se refaire le plein" pour 10 minutes de plus, le temps de retourner jouer un peu. Le fait de se servir démontre leur indépendance pour eux, et démontre votre sein à plein vue pour tous les autres "spectateurs" dans la salle. ;-)
La "tétée-auto"--Ce que vous faites quand vous vous tenez dans une position *très* inconfortable par dessus le siège d'auto du bébé pendant que Papa conduit sur l'autouroute en faisant semblant que vos fesses, vues dans son retroviseur, ne lui dérangent pas du tout...
Les "yeux-extase"--Imaginez : le bébé hurle à vos pieds pendant que vous parlez au téléphone avec le directeur de l'école du plus vieux enfant, vous cuisiniez à souper, et vous sortez un pansement pour votre bambin qui s'est graffigné le genou (juste assez qu'il faut un microscope pour le voir) sur le ciment dehors, mais pleure pour avoir son pansement (=attention). Finalement, vous pouvez vous asseoir, vous prenez le bébé dans vos bras pour le mettre au sein, et il va des hurlements jusqu'à la tétée extase, en roulant ses yeux jusqu'à en arrière de sa tête (ou presque) en dedans de 3 secondes. Y inclus: les bébés qui se ferment les yeux et haussent les sourcils plusieurs fois.
Le "on fait du pain"--l'acte de (presque) arracher votre sein (l'un ou l'autre, si vous n'avez pas fait attention avec le "roule-mamelon") pendant que votre adorable bébé (qui a aussi des ongles coupants, aiee!) tète. Ceci peut faire de sorte à ce que votre sein ressemble plus à un sein qui vient de nourrir un chaton au lieu d'un être humain.
Texte anonyme traduit de l'anglais par la Québécoise Fiona Dionne.
Source : http://www.chez.com/accouchement/
29 décembre 2007
Allaitement et culpabilité

© Getty Images
Un des arguments les plus puissants utilisés par de nombreux professionnels de santé, agences gouvernementales et fabricants de lait artificiel afin de ne pas promouvoir et soutenir l'allaitement maternel, c'est : « nous ne devons pas culpabiliser la mère qui n'allaite pas ». Même certains des fervents défenseurs de l'allaitement sont désarmés par ce stratagème qui veut « que les mères ne se sentent pas coupables ».
Parce qu'en fait, ce n'est rien d'autre qu'un stratagème. C'est un argument qui détourne l'attention d'un manque de connaissance et de compréhension de la plupart des professionnels de la santé à propos de l'allaitement. Cela les autorise à ne pas se sentir coupables de leur ignorance sur l'aide à apporter aux femmes pour surmonter les difficultés durant l'allaitement, qui auraient pu être maîtrisées et qui généralement auraient même pu être prévenues si on ne sapait pas les tentatives d'allaitement des mères. Cet argument permet aux fabricants d'aliments artificiels et aux professionnels de la santé de faire circuler de la documentation sur les préparations pour nourrissons ainsi que des échantillons aux femmes enceintes et aux jeunes mères sans le moindre scrupule, bien qu'il soit prouvé que cette littérature et ces échantillons diminuent le taux et la durée de l'allaitement.
Jetons un coup d'oeil à la réalité. Si une femme enceinte va trouver son médecin et reconnait fumer un paquet de cigarettes par jour, n'y-a-t-il pas de fortes chances qu'elle ressorte du cabinet en se sentant coupable de mettre ainsi en péril la santé de son bébé? Si elle avoue boire quelques bières de temps en temps, n'y-a-t-il pas de fortes chances qu'elle quitte le cabinet en se sentant coupable? Si une mère reconnaît dormir dans le même lit que son bébé, la plupart des praticiens ne vont-ils pas la culpabiliser pour cela bien que ce soit la meilleure chose pour elle et son enfant ? Si elle se rend au cabinet médical avec son nouveau-né âgé d'une semaine et qu'elle dit au médecin le nourrir avec du lait homogénéisé à 3 %, quelle sera la réaction du médecin ? La plupart s'effondreraient littéralement et feraient une crise. Et ils n'auront alors aucun problème à ce que les mères se sentent coupable de nourrir leur bébé avec du lait de vache et là, ils feront pression pour qu'elle donne un substitut de lait maternel au bébé (notez bien : pas de pression pour qu'elle allaite parce que « vous ne voudriez pas faire en sorte qu'une femme se sente coupable de ne pas allaiter »).
Pourquoi autant d'indulgence pour les substituts ? La raison, bien sûr, c'est que les industries alimentaires infantiles ont tout à fait réussi à convaincre une bonne partie de l'humanité, grâce à la publicité, que ces substituts sont pratiquement aussi bons que le lait maternel et que, par conséquent, il n'est pas nécessaire de faire toute une histoire à propos du non-allaitement des femmes. Comme l'a dit ici, à Toronto, le vice-président de Nestlé : « sans aucun doute, la publicité est efficace ». Ces messages apaisent aussi la conscience de beaucoup de professionnels de la santé dont les enfants n'ont pas été allaités. « Je ne vais pas culpabiliser les femmes de ne pas allaiter parce que je n'ai pas envie de me sentir coupable envers mes enfants qui n'ont pas été allaités ».
Examinons tout cela de plus près. Les substituts de lait maternel sont théoriquement certainement plus appropriés aux nourrissons que le lait de vache. Mais en fait, aucune étude ne démontre la moindre différence entre les bébés nourris au lait de vache et ceux nourris à l'aide de ces préparations. Pas une. Le lait maternel, et l'allaitement au sein, à distinguer de l'alimentation au lait maternel, a beaucoup plus d'avantages théoriques par rapport aux substituts que ceux-ci par rapport au lait de vache (ou tout autre lait animal). Et nous commençons tout juste à connaître ces avantages. Pratiquement chaque jour, de nouvelles études nous en révèlent. Mais il existe également d'abondantes données cliniques démontrant que, même dans les sociétés industrialisées, les bébés allaités, et incidemment leurs mères, sont en meilleure santé que les bébés nourris artificiellement. Ils ont bien moins d'otites, de maladies gastro-intestinales ainsi que moins de risques de développer un diabète infantile et beaucoup d'autres maladies. Les mères ont moins de risques de développer un cancer du sein ou des ovaires et sont très probablement protégées contre l'ostéoporose. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Alors, comment devrions-nous aborder le soutien à l'allaitement ? Toutes les femmes enceintes et leurs familles doivent connaître les risques de l'alimentation artificielle. Toutes devraient être encouragées à allaiter et toutes devraient recevoir le meilleur soutien possible afin de démarrer correctement l'allaitement dès la naissance du le bébé. En effet, les meilleures intentions du monde ne pourront rien pour une mère qui souffre de douloureuses crevasses aux mamelons à cause d'un bébé mal positionné au sein. Ni pour une mère à qui on a dit, pratiquement toujours à tort, d'arrêter l'allaitement à cause d'un traitement médicamenteux ou d'une maladie chez elle ou son bébé. Ni pour une mère dont la mise en route de l'allaitement ne se fait pas correctement à cause de mauvaises informations. Ne vous faites pas d'illusions là-dessus : c'est souvent l'avis des professionnels de la santé qui est principalement en cause dans l'échec de l'allaitement d'une mère ! Si les mères reçoivent de l'information à propos des risques inhérents à l'alimentation artificielle et décident tout de même de recourir aux substituts de lait maternel, elles feront alors un choix en toute connaissance de cause. Cette information ne doit pas venir des fabricants de préparations pour nourrissons eux-mêmes, comme c'est souvent le cas. Leurs dépliants présentent quelques avantages de l'allaitement pour ensuite laisser entendre que les préparations sont en fait pratiquement aussi bonnes. Si les mères reçoivent la meilleure aide possible pour allaiter et trouvent que l'allaitement ne leur convient pas, je ne leur en ferai pas le reproche. C'est important de savoir qu'une femme peut passer facilement de l'allaitement au biberon. Dans les premiers jours ou les premières semaines, cela ne pose pas de gros problèmes. Mais l'inverse n'est pas vrai. C'est la plupart du temps très difficile, voire impossible (bien que pas toujours).
Finalement, qui se sent coupable à propos de l'allaitement ? Pas les femmes qui ont fait un choix éclairé avant d'opter pour le biberon. Ce sont plutôt celles qui auraient voulu allaiter, qui ont essayé, mais qui ont échoué. En fait, pour prévenir la culpabilisation des femmes n'ayant pu allaiter, il ne s'agit pas d'éviter de promouvoir l'allaitement; il faut en faire la promotion, mais conjuguée à un soutien de qualité alliant connaissances et savoir-faire. Ce n'est pas ce qui se passe dans la plupart des pays nord-américains ou européens.
Traduction de « Breastfeeding and Guilt », août 1997.
Dr Jack Newman, MD, FRCPC
26 décembre 2007
Allaiter, c'est tellement simple...

© Getty Images

Après une discussion avec une amie qui ne veut pas allaiter parce qu'elle ne trouve pas ça pratique, je réfléchis encore là-dessus...
Comment on peut trouver l'allaitement pas pratique ?? Je ne comprends vraiment pas ! Surtout quand on a jamais allaité soi-même, mais c'est un autre débat je dirais...
Dans l'aspect pratique, on a pas à acheter de l'eau minérale, du lait en poudre horriblement cher (et encore, le lait maternel vendu dans le commerce coûterait environ 5 fois plus cher), des biberons, goupillons, tétine and co, laver le tout, stériliser (même si la mode veut maintenant qu'on ne stérilise plus, mode qui a fait presque doubler les cas de gastro chez ses nouveaux nés, déjà davantage exposés que ceux nourris aux lait maternel), chauffer l'eau, doser le biberon, vérifier que ça n'est pas trop chaud, etc...
Allaiter, c'est entendre bébé chouiner parce qu'il a faim, le prendre, baisser son soutien-gorge (ou l'ouvrir) et le mettre au sein.
Qui plus est, on a pas besoin de doser et voir combien de ml il a prit, car au sein un bébé prendra toujours ce dont il a besoin. Pas besoin non plus de respecter un délai entre les tétées, puisque le lait maternel se digère en 20 minutes. Ni de peser bébé pour vérifier qu'il a bien prit : il suffit, si on a besoin d'être rassuré, de vérifier qu'il mouille bien ses couches.
Sans oublier le sein-magique, celui qui console tous les bobos, le sein qui endort, qui calme, qui détend... Personnellement, je me demanderais ce que je ferais sans lui !
25 décembre 2007
Bien démarrer l'allaitement

© Getty Images
Allaiter est la façon naturelle et physiologique de nourrir les bébés et les jeunes enfants, et le lait humain est spécifiquement destiné aux bébés humains. Les laits industriels préparés à partir de lait de vache ou de soja ne présentent que des ressemblances superficielles avec le lait humain, et les publicités qui affirment quoi que ce soit d'autre sont mensongères. Allaiter devrait être facile, et exempt de difficultés pour la plupart des mères. Un bon démarrage donne à l'allaitement toutes ses chances d'être une expérience heureuse, pour la mère comme pour son bébé.
La quasi totalité des mères sont parfaitement capable d'allaiter exclusivement leur bébé pendant 4 à 6 mois. En fait, la plupart des mères produisent plus qu'assez de lait. Malheureusement, les routines hospitalières obsolètes basées sur l'alimentation au lait industriel restent en vigueur dans de nombreux services de maternité, et rendent l'allaitement difficile, voire impossible pour certaines mères et leurs bébés. Pour que l'allaitement démarre correctement, les premiers jours peuvent être cruciaux. Cependant, même avec un très mauvais départ, beaucoup de mères et de bébés réussissent cette expérience.
Le point essentiel pour réussir à allaiter est de faire en sorte que le bébé prenne bien le sein. Un bébé qui prend correctement le sein reçoit correctement du lait. Un bébé qui ne prend pas bien le sein a des difficultés pour recevoir suffisamment de lait, surtout si la sécrétion lactée maternelle est faible. Une mauvaise prise du sein, c'est comme donner au bébé un biberon avec une tétine dont le trou est trop petit ; le biberon est plein de lait, mais le bébé n'en prendra pas beaucoup. Quand un bébé prend mal le sein, cela peut également causer des douleurs aux mamelons de sa mère. Et si le bébé ne reçoit pas suffisamment de lait, il restera au sein très longtemps, aggravant ainsi la douleur. Voilà quelques moyens qui contribuent à faciliter l'allaitement :
1. Le bébé devrait être mis au sein immédiatement après la naissance.
Les nouveau-nés peuvent presque tous être mis au sein dans les instants qui suivent la naissance. En fait, des recherches ont montré que, lorsqu'on leur en laisse la possibilité, des bébés nés depuis quelques minutes seulement rampent sur le ventre de leur mère jusqu'au sein, et commencent d'eux-mêmes à téter. L'ensemble de ce processus peut prendre une heure ou plus, mais durant ce temps la mère et le bébé doivent rester ensemble pour commencer à apprendre à se connaître. Les bébés qu'on laisse ainsi prendre le sein spontanément courent moins le risque de connaître des problèmes d'allaitement. Ce processus ne demande aucun effort de la part de la mère, et le prétexte de la trop grande fatigue maternelle après l'accouchement, souvent donné pour ne pas permettre cela, est tout simplement un non-sens. Soit dit en passant, des études ont également montré que le contact peau à peau entre une mère et son bébé permettait au bébé de stabiliser sa température aussi bien qu'un incubateur.
2. L'enfant devrait rester en permanence avec sa mère.
Il n'y a absolument aucune raison médicale pour que l'on sépare, même pour de courtes périodes, une mère et son enfant lorsqu'ils sont en bonne santé. Les maternités qui ont pour habitude de séparer les mères et les bébés après la naissance sont complètement dépassées, et les raisons invoquées pour ce faire démontrent aux parents qui commande (l'hôpital) et qui doit obéir (les parents). Souvent, de mauvaises raisons sont données pour justifier ces séparations. Par exemple que le bébé a avalé du méconium avant la naissance. Un bébé qui a avalé du méconium avant la naissance et qui se porte bien quelques minutes après la naissance se portera bien, et n'a aucunement besoin de passer plusieurs heures " en observation " dans un incubateur.
Il n'y a aucune preuve que les mères qui sont séparées de leur enfant soient plus reposées. Au contraire, elles sont plus reposées et moins angoissées quand elles ont leur bébé avec elles. La mères et son bébé apprennent comment dormir au même rythme. Ainsi, quand le bébé commence à se réveiller pour une tétée, la mère commence également à se réveiller naturellement. Ce n'est pas aussi fatigant pour la mère que d'être réveillée en phase de sommeil profond, comme c'est le cas lorsque le bébé est dans une autre pièce quand il se réveille.
Le bébé montre bien longtemps avant de pleurer qu'il a envie de téter. Sa respiration peut changer par exemple. Ou il peut commencer à s'étirer. La mère, alors dans un sommeil léger, va se réveiller, son lait va commencer à couler, et le bébé sera heureux de téter avant d'avoir eu à s'agiter. Un bébé qui a pleuré pendant un certain temps avant d'être mis au sein pourra refuser de téter même s'il est affamé. La mère et son bébé devraient être encouragés à dormir l'un près de l'autre à la maternité. C'est un excellent moyen pour la mère de se reposer quand le bébé tète. L'allaitement devrait être relaxant, et non fatigant.
3. On ne devrait pas donner de tétines au bébé.
Il semble y avoir une controverse au sujet de la " confusion sein-tétine". Les bébés pourront préférer le moyen d'alimentation qui leur donnera le flot de liquide le plus rapide, et pourront refuser les autres moyens.
Ainsi, les premiers jours, quand la mère produit peu de lait (comme prévu par la nature), et que le bébé prend un biberon (prévu par la nature ?) avec lequel il obtient un flot de lait abondant, il risque de préférer la méthode rapide. Nul besoin d'être un génie pour le comprendre, mais aucun des nombreux professionnels de santé qui sont pourtant censés vous aider, ne semble capable de le faire. La confusion sein-tétine n'a pas comme seule conséquence possible le refus du sein par le bébé, mais aussi que le bébé ne prendra pas
le sein aussi bien qu'il pourrait le faire, et ainsi qu'il n'aura pas assez de lait et/ou que la mère aura des mamelons douloureux.
Qu'un bébé puisse " prendre les deux " ne veut pas dire que le biberon n'a pas d'effet négatif. Dans la mesure où il existe aujourd'hui des alternatives possibles quand le bébé a besoin de suppléments (voir feuillet n°5 " Utiliser un DAL " et n°8 " Nourrir au doigt "), pourquoi utiliser un biberon ?
4. Pas de restriction de durée et de fréquence des tétées.
Un bébé qui tète correctement ne restera pas au sein pendant des heures pour une tétée. Si c'est le cas, c'est généralement qu'il ne prend pas correctement le sein et ne reçoit pas tout le lait disponible. Trouver de l'aide pour évaluer la succion du bébé, et utiliser la compression des seins pour que le bébé reçoive plus de lait (feuillet n°15, " Compression des seins "). C'est cela qui aidera l'enfant, non l'utilisation d'une tétine ou d'un biberon, ou le fait de le mettre à la nurserie.
5. Les suppléments d'eau pure, d'eau sucrée ou de lait industriel sont rarement nécessaires.
La plupart des suppléments pourraient être évités si on permettait au bébé de prendre le sein correctement et de recevoir le lait disponible. Si on vous dit que votre bébé a besoin de suppléments sans que quelqu'un l'ait observé pendant qu'il tétait, demandez à recevoir l'aide d'une personne compétente. Il y a de rares indications médicales pour le don de suppléments, mais ces derniers sont souvent proposés pour le confort de l'équipe médicale. Si des suppléments doivent être donnés, ils doivent être a priori donnés avec un Dispositif d'Aide à la Lactation (DAL - voir feuillet n°5), pas avec une tasse, ni un compte-goutte, ni au doigt, ni au biberon. Le meilleur supplément est votre propre colostrum. Il peut être mélangé avec de l'eau sucrée si vous ne pouvez pas en tirer beaucoup la première fois. Les laits industriels ne sont pratiquement jamais nécessaires les premiers jours.
6. Une bonne prise du sein est cruciale pour le succès de l'allaitement.
C'est la clé d'un allaitement réussi. Malheureusement, de nombreuses mères sont " aidées " par des personnes qui ne savent pas comment évaluer une bonne mise au sein. Si on vous dit que votre bébé de deux jours tète correctement alors que vous avez les mamelons très douloureux, soyez sceptique, et demandez l'aide d'une personne compétente. Avant de quitter la maternité, on devrait vous avoir montré comment savoir que votre bébé tète correctement, qu'il reçoit véritablement votre lait, et vérifié que vous savez comment être sûre qu'il en reçoit suffisamment (type de succion ouverture-pause-fermeture). Si vous et votre bébé quittez la maternité sans savoir cela, demandez de l'aide rapidement.
7. Les boites de lait industriel gratuites et les documents édités par les fabricants de lait industriel ne sont pas des cadeaux.
Leur unique objectif est de vous amener à acheter du lait industriel. C'est une technique de marketing très efficace et d'une moralité plus que douteuse. Si vous en recevez de la part d'un professionnel de santé quel qu'il soit, vous êtes en droit de vous interroger sur ses connaissances en matière d'allaitement et sur son niveau d'engagement en faveur de l'allaitement. " Mais j'ai besoin de lait industriel parce que mon bébé ne prend pas assez de lait ! ". Peut-être, mais, plus vraisemblablement, vous n'avez pas reçu une aide efficace, et votre bébé ne reçoit tout simplement pas tout votre lait. Cherchez une aide efficace. Les échantillons de lait industriel ne sont pas une aide.
Dans certaines circonstances, il peut être impossible de démarrer l'allaitement rapidement. Cependant, la plupart des indications médicales (prise de médicaments par la mère, par exemple) ne sont pas de bonnes raisons pour arrêter ou retarder l'allaitement, et si on vous a dit le contraire vous avez été mal informée. Demandez une aide efficace. Les bébés prématurés peuvent commencer à être allaités beaucoup, beaucoup plus tôt que ce qui est préconisé dans de nombreux services de néonatologie. En fait, les études ont montré qu'il est plus facile pour un bébé d'être nourri au sein que de recevoir un biberon. Malheureusement, de nombreux professionnels de santé s'occupant de prématurés ne semblent pas être au courant de ce fait.
Feuillet n°1. Bien démarrer l'allaitement. Révisé en janvier 2000
Jack Newman ; Pédiatre - Responsables de consultations de lactation - Toronto - Canada
Tiré encore une fois de l'excellent site : maternage.free.fr
23 décembre 2007
Des laits interchangeables... vraiment ?

© Getty Images
Des laits interchangeables... vraiment ?
A force de l'acheter embouteillé en magasin, on finit par
croire que le lait est un aliment comme un autre, un quelconque sous-produit de
l'élevage... Pourtant, le lait n'est pas un aliment anodin, mais un aliment
biologique très spécifique. La seule substance qui soit produite uniquement par
les femelles du genre animal des mammifères auquel nous appartenons. Le seul
aliment capable de nourrir à lui seul un bébé de longs mois durant, alors même
qu'il est dans une phase majeure de croissance cérébrale et physique.
Dans des temps moins modernes, alors que la science ne
cherchait pas encore à tout expliquer, la sagesse populaire parlait communément
de "grossesse de sang" et de "grossesse de lait". Or les
nombreux travaux menés au cours du XXème siècle ont permis de démontrer et de
faire admettre la réalité de cette spécificité très humaine.
En effet, aucune autre espèce ne voudrait de la larve qu'est
le petit de l'homme à sa naissance. Totalement dépendant des soins d'adultes
maternants, il n'acquière son autonomie de déplacement qu'après une deuxième
période, vécue ex-utéro, d'une durée sensiblement égale à la première, vécue
in-utéro. C'est la rançon de l'évolution qui nous a fait nous verticaliser,
rendant par là-même notre bassin plus étroit, favorisant l'accroissement de
notre cerveau, et donc de notre boîte cranienne. Un bassin plus étroit, une
tête plus grosse, l'adaptation trouvée pour notre survie a été de naître avant
terme, très prématurément au regard des autres mammifères qui ont généralement
achevé leur développement psychomoteur à la naissance.
La nature a fait en sorte que nous puissions naître, sans
décéder ou tuer notre mère. Ainsi nous pouvons cesser de nous développer en son
sein ... et nous retrouver sur ses seins nourriciers pour y poursuivre notre
développement de manière optimale...
Fabriqué par chaque mère mammifère pour nourrir ses petits,
les différents laits animaux sont extrêmement divergents. Leur adaptation aux
besoins spécifiques de chaque espèce est parfaite. Ils répondent à tous les
besoins nutritionnels du bébé mais aussi aux besoins liés à son développement
particulier, grâce à leurs éléments constitutifs, si nombreux qu'on ne les
connaît pas encore tous, si complexes qu'on n'a pas encore décodé toutes leurs
fonctions...
Les effets bénéfiques de l'allaitement maternel sur la santé
sont largement étudiés depuis les années 80. Mais notre langage est biaisé, car
on devrait plutôt parler des effets négatifs de l'alimentation au lait de
substitution.
Préparés à base de lait de vache -rappelons-le, car tout le
monde ne le sait pas-, les laits de substitution ont des effets majeurs sur le
développement à cause, notamment, des facteurs de croissance, spécifiques à
chaque lait.
Il est vraisemblablement raisonnable d'affirmer aujourd'hui
que l'augmentation de notre taille au cours des derniers siècles est due en
bonne partie à la progression de la consommation des produits laitiers (très
majoritairement à base de vache) dans notre alimentation. Cela peut paraître
une bonne chose à première vue, mais l'est-ce vraiment ? Etre plus grand ne
veut pas dire avoir des os plus solides, au contraire, si l'on observe le
risque de fracture et d'ostéoporose très important dans nos sociétés
consommatrices de produits laitiers, pourtant censés apporter tout le calcium
nécessaire à nos os...
Le non-allaitement a aussi des effets sur notre croissance
pondérale. Il a été démontré que la croissance des enfants allaités diffère de
celle des enfants nourris au lait de substitution, tant et si bien que l'OMS
révise actuellement les courbes de croissance des carnets de santé à partir
d'enfants allaités selon leurs recommandations (6 mois d'allaitement exclusif).
Et l'on sait aussi maintenant que l'allaitement maternel réduit le risque
ultérieur d'obésité, d'une manière véritablement dose-dépendante à la dose de
lait maternel reçue. La composition même du lait est bien là encore en cause.
Enfin, selon une étude d'avril 2002, le lait de vache
provoquerait une altération de l'ADN des enfants qui en sont nourris. Consommer
dès la naissance un autre lait que celui prévu par la nature, serait donc
source de mutations...
Quand aux effets sur l'intelligence, ils restent
controversés malgré différentes études publiées. Les détracteurs de cet aspect
d'un bénéfice possible de l'allaitement maternel affirment qu'il est difficile
d'évaluer la part de l'aspect nutritif de celle de l'aspect relationnel induit
par l'allaitement au sein. Pourtant une étude l'a fait, en prenant pour
population des enfants prématurés nourris de lait maternel, ou non, par sonde
de gavage. Elle a montré un impact évident sur leur QI.
Il reste encore beaucoup de choses à découvrir et à étudier
sur la composition du lait humain, mais tout permet de penser qu'il joue un
rôle important non seulement pour la protection de l'enfant pendant la période
d'allaitement, mais aussi à plus long terme, en raison de son impact sur la
mise en place du système immunitaire global de l'enfant.
Différentes études ont en effet prouvé que l'allaitement
maternel offre une protection significative contre les allergies, contre
l'obésité, contre le diabète, contre les maladies neurologiques, bref, contre
la plupart des maux qui connaissent aujourd'hui une véritable explosion et
constituent des enjeux de santé publique majeurs. Est-ce vraiment un hasard ?
Je suis convaincue que non, et que nous payons aujourd'hui les conséquences du
nourrissage précoce et massif de nos nouveaux-nés avec le lait d'une autre
espèce.
Bien sûr les arguments santé ne suffisent pas à eux seuls à
faire allaiter une maman qui ne le "sent vraiment pas". Ces mamans-là
ont besoin d'un accompagnement particulier qui leur permettrait de comprendre
et dans la plupart des cas, de lever leurs blocages. Mais les arguments santé
peuvent au moins influencer les mamans qui hésitent ou choisissent
l'alimentation au biberon et lait de substitution seulement pour pouvoir
"laisser bébé de temps en temps" (car ce n'est pas incompatible avec
l'allaitement exclusif).
Pour cela encore faudrait-il que les futures mères reçoivent
durant leur grossesse une information claire et objective sur l'allaitement
maternel, comme le préconise la troisième recommandation du label "Hôpital
ami des bébés". Ce qui n'est bien entendu absolument pas le cas
aujourd'hui en France. Se cachant derrière la soi-disante volonté de ne pas
culpabiliser les mamans qui ne désirent pas allaiter, les professionnels de
santé dans leur majorité ne donnent aucune information sur l'allaitement, et
masquent ainsi, au mieux leur incompétence, au pire leur propre culpabilité de
ne pas avoir allaité leurs enfants.
Il serait donc temps de sortir de ce discours stérile et de
mener enfin une véritable campagne d'information pour l'allaitement et de formation
des professionnels, compte-tenu des enjeux de santé publique qu'il représente,
comme on mène campagne contre le tabac. Et puisque la mesure semble fonctionner
pour ce dernier, pourquoi ne pas taxer les laits de substitution et utiliser
l'argent ainsi récolté pour fournir une information et un soutien à
l'allaitement maternel qui soit enfin de qualité...
Emmanuelle Blin - Editorial de mars 2004.
Toujours la même référence : maternage.free.fr
20 décembre 2007
Paroles de père : du rôle du père dans l'allaitement

Les mains du père et du fils...
"Bon nombre de futures mères sont naturellement favorables à l'allaitement maternel. Mais l'environnement sociologique les amène à refouler ce souhait naturel. Quand je parle d'environnement sociologique, je parle de notre société occidentale. Ailleurs ou en d'autres temps, le problème est autre. Dans cet environnement sociologique, outre la mère et la grand-mère, on retrouve le père. Ces acteurs de la vie familiale vont développer, ensemble ou séparément, une dialectique qui amènera la future maman à culpabiliser et à renoncer à allaiter son enfant.
L'argument «choc» qui est développé est le suivant : l'allaitement exclut le père ; ce dernier ne joue aucun rôle dans l'allaitement. Avant d'en venir au rôle du père dans l'allaitement, posons-nous la question du rôle du père dans l'alimentation au lait industriel.[...]
Par amour pour votre femme, soyez un vrai soutien si elle
veut allaiter. Ne lui refusez pas de vivre dans sa plénitude son rôle de mère,
avec tous les attributs que la nature lui a donnés ; ne coupez pas tout de
suite le second cordon ombilical. Par amour pour votre enfant, respectez
l'intégrité de la relation qu'il a avec sa mère, et dans laquelle vous n'avez
rien à faire. Mais soyez pleinement là où l'enfant vous attend. Elle est la
mère, vous êtes le père ; n'essayez pas de tout embrouiller, et vous verrez
comme tout est simple. Au fond, l'allaitement c'est cela : c'est la simplicité
(du matériel comme du cœur). La place du père ne se situe pas dans un biberon.
C'est au père de se faire sa place dans la relation triangulaire avec l'enfant.
C'est certes à la mère de laisser au père la possibilité de prendre sa place
auprès de l'enfant. Mais c'est bien d'une identité masculine dont l'enfant a
besoin dans son père. L'homme n'est pas fait pour « materner » ; la fonction
nourricière incombe naturellement à la mère, le père est présent pour veiller
au bon déroulement du maternage de son enfant. L'homme, en qualité de père,
doit être présent pour séparer peu à peu l'enfant de sa mère, en lui assurant
notamment une identité, en l'encourageant dans tous les actes qui le mènent
vers l'autonomie et l'indépendance, dans un cadre bienveillant et sécurisant.
Le reste, et la suite, sur le site de la Leche League.
18 décembre 2007
Pourquoi avoir choisi l'allaitement ?
(Texte et illustration à venir)
Histoire des laits de substitution
Et conséquences...
Jusqu’à la fin du XIX siècle, pour pallier les carences de la mère ou
les insuffisances des nourrices trop sollicitées, seuls les laits
d’animaux étaient utilisés.
Le « must » était alors le lait d’ânesse, très digeste pour le petit humain.
Par contre une ânesse donnant au maximum 2 litres de lait par jour (une
partie était réservée pour son ânon), ce lait ne pouvait être donné
qu’à quelques bébés privilégiés…
Le lait de chèvre a souvent été utilisé, mais étant moins sucré et plus
riche en caséine que le lait humain, il était très mal digéré et donc
coupé avec de l’eau sucrée…
Quant au lait de vache, bien que facilement disponible, il posait de
gros problème de digestibilité. Il était coupé avec de l’eau d’orge, du
gruau, des décoctions de lentilles ou autres féculents, ce qui
aggravait les choses… Son emploi se généralisa néanmoins à partir de la
deuxième moitié du XIX siècle.
Les précautions d’hygiène quant à la traite étaient bien sûr
ignorées… L’allaitement direct au pis était donc fréquent… (pour
l’ânesse, il était obligatoire de garder l’ânon à proximité pour téter
sinon le lait se tarissait). La chèvre se révéla une parfaite
nourrice, avec un peu d’entraînement elle allait elle-même proposer ses
mamelles au nourrisson couché dans un berceau à bonne hauteur !
Le milieu médical commença à s’intéresser à la qualité du lait destiné
aux nourrissons dans les années 1890... devant les épidémies de gastro
entérites…
L’ébullition du lait a mis du temps avant d’être généralisée. Malgré
les travaux de Pasteur, ce ne sera qu’en 1889 que le corps médical se
prononcera en faveur du lait bouilli.
La pasteurisation, qui permet de conserver le lait 24 à 36h ne sera
adoptée que tardivement (auparavant on rajoutait du bicarbonate de
soude à hautes doses pour la conservation). Ce lait pasteurisé n’était
livré qu’en grands récipients qu’il fallait transvaser…d’où de
nouvelles occasions de contamination…
Enfin fut inventé un appareil destiné à stériliser les récipients de
lait à domicile…, les mères apprenant à stériliser plus simplement au
bain-marie…
Les recherches pour une conservation longue du lait seront à l’origine
des laits condensés ou concentrés, auxquels il faut rajouter 4 volumes
d’eau avant de porter à ébullition.
Bien que le lait stérilisé soit plus digeste que le lait cru ou bouilli
(la caséine est modifiée par la chaleur), il restait inadapté… Les
inventeurs tentèrent alors (et tentent toujours) de le modifier pour le
rendre plus proche du lait maternel… Parallèlement aux laits
« maternisés » des chercheurs créèrent des laits artificiels. Par
exemple la maison Liebig mit au point une « soupe aux aliments pour les
nourrissons » qui eut beaucoup de succès en Allemagne, en Angleterre et
aux Etats-Unis, mais non en France, où se développaient plutôt les
« farines lactées ».
Les années 70 et l’avènement des « laits 1er âge »
Le lait humain commence à être connu du point de vue biochimique… (avec
d’énormes lacunes, par exemple le fait que sa composition évolue dans
le temps est ignorée… ) donc les chercheurs tentent d’adapter le lait de
vache (animal choisi pour sa production et facilité de traite plus que
pour l'adéquation de son lait).
Il s’agit de :
- passer de 35g/l de protéines (LV) à 9g/l …
Il a été choisi de couper de moitié, en gardant volontairement un taux
supérieur à 9g/l (car plus que la quantité, c’est la qualité qui
importe et on sait que les compositions de ces protéines sont
différentes suivant les espèces, et que le lait humain contient des
enzymes d’utilisation que ne possède pas le lait de vache).
-sucrer ce produit coupé pour ramener le taux à 70g/l.
Le choix premier a été uniquement du lactose… (comme dans le lait humain… )
-éliminer une partie des graisses animales donc écrémer partiellement, et rajouter quelques huiles végétales insaturées.
Mais cela s’avéra indigeste (trop de caséine). Cette caséine fut donc
remplacée partiellement par du « lactosérum », à des taux variant entre
50/50, 40/60 ou 60/40.
Un autre problème se fit jour : le lactose à 70g/l entrainait des
selles liquides et acides…donc sa fraction fut réduite et on ajouta du
dextrine-maltose, plus constipant.
Malgré les 15 à 20g/l de protéines, les bébés n’étaient pas toujours
bien rassasiés, bien que prenant des doses importantes de lait…
(un fait élémentaire que constatent tous les parents : les selles
d'un bébé allaité n'ont rien à voir ni à sentir....avec celles d'un
bébé nourri au lait industriel... l'organisme se débarrasserait-il de
tous les éléments inutiles de ces laits?)
-rajouter artificiellement toute nouvelle molécule mise en évidence dans le lait maternel
Les derniers ajouts faits à ces laits sont tous sujets à
interrogations… dès qu’une nouvelle molécule est détectée dans le lait
maternel on tente de l’introduire dans ces préparations… en oubliant en
particulier que le lait maternel contient toujours l’enzyme « qui va
avec »…
Certaines substances ne peuvent par être incorporées de toutes façons
(les cellules tout particulièrement, qui elles-mêmes secrètent de
nombreuses substances).
Le produit "fini" semble donc extrêment synthétique, insatisfaisant
puisque sujet à d'éternelles modifications...la recherche sur le lait
industriel est-elle encore légitime ?
Depuis d'autres « avatars » ont vu le jour… on peut citer les laits :
- HA (hypoallergèniques) avec des protéines ârtiellement
hydrolysées, à utiliser éventuellement en prévention quand existent des
allergies familiales (et que l'allaitement exclusif, qui serait de loin
la meilleure solution, n'est pas envisagé)
- « transit » (contenant plus de lactose)
- « confort » (légèrement épaissis)
- AR (antireflux)
- « digest » (???)
-« premium » (???)
- sans lactose... préconisé en cas de réalimentation de diarrhée
- AC (« anticoliques »)
- « pour le relais d’allaitement maternel »…signifiant simplement un nouveau créneau ?
- avec ajout de pré, pro voire symbiotiques...
Et d’autres, existants ou à venir. Ceci en se limitant au 1er âge….

© Getty Images
Tout cela est bien entendu réglementé. Par exemple, l'AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) a publié en 2001 un rapport de 48 pages intitulé "Allégations nutritionnelles relatives aux préparations pour nourrissons et préparations de suite".
Voici donc la composition en 2007 d'un lait "standard" 1er âge :
° lait écrémé
° lactosérum déminéralisé (du lait)
° huiles végétales (palmoléine, palme, colza, coco, tournesol)
° dextrine-maltose
° lactose (du lait)
° carbonate de calcium
° phosphate tricalcique
° lécithine de soja
° chlorure de sodium
° citrate tripotassique
° citrate de magnésium
° acide ascorbique
° taurine
° ascorbate de sodium
° sulfate ferreux
° sulfate de zinc
° acétate de rétinol
° nicotinamide
° monophosphate de cytidine
° cholécalciférol
° monophosphate d'uridine
° monophosphate d'inosine
° panthoténate de calcium
° monophosphate 5' de guanosine
° monophosphate 5' d'adénosine
° sulfate de cuivre
° acide folique
° acétate de alpha-tocophérol
° biotine
° cyanocobalamine
° chlorhydrate de thiamine
° chlorhydrate de pyridoxine
° iodure de potassium
° phytoménadione...
Il n'est jamais précisé qu'il s'agit pour les 1ers ingrédients (de base) de lait de VACHE...
Un autre "détail" : un bébé nourri avec un lait industriel boira pendant 6 mois exactement la même chose (même s'il y a changement de marque). Cela justifie d'ailleurs les précautions prises (par l'AFSSA par exemple), ces produits constituants à cet âge la seule nourriture d'un organisme en croissance.
On peut dire que l'enfant au biberon mange au menu, l'enfant au sein à la carte.
Actuellement fleurissent régulièrement des publications de
laboratoires faisant part d’une avancée décisive dans la constitution
de leurs produits… toujours mieux, toujours plus proche du lait
maternel…en oubliant qu’ils comparent un produit inerte au résultat vivant d’un processus naturel humain (d'ailleurs l'AFSSA précise dans le document "dossier" cité plus haut
que "la présence à elle seule d'un composant dans le lait humain ne
saurait justifier une allégation nutritionnelle").
16 décembre 2007
Citation

© Getty Images
"Les
gens ne se posent pas la question s'ils respirent ou pas, cela leur est
naturel, alors pourquoi se poser la question pour allaiter ?"


